Comme un lion
Tous les ans, je passais par les Cirques Pelouse de Reuilly à Paris,
puisque j'étais leur client et que j'y envoyais les miens.
Quand j'avais une pause, passant derrière les tentes rouge et or, j'allais voir les animaux.
J'étais attiré par les cages, supportant la mienne.
Je voyais le lion, son aspect royal, son déhanchement dans cette cage
me rappelait les rois dont le cœur était rempli de cette sainte rage pour protéger leur royaume.
Mais ce lion-là, c'est dans les odeurs de pisses et de viande pourrie qu'il tournait sans cesse,
cherchant une issue, celle de la liberté.
Nos regards se croisaient à chaque passage.
Nos silhouettes se reflétaient dans nos larmes qui s'agrippaient à la cornée
pour ne pas tomber et tacher notre orgueil, détruire notre amour-propre.
Mais parfois une goutte tombait, comme le sang d'une aiguille prélevant un peu de cette vie qui coulait dans nos veines.
Il était enfermé dedans et moi dehors.
Je le voyais comme mes espoirs déçus, le héros à terre, le soldat sans bataille.
Je finirai comme lui, dans deux mètres carrés, à gémir en silence, que l'on me change ma couche avant la nuit, si j'ai de la chance.
Un cœur qui bat comme un robot, qui ne s'embarrasse plus de sentiments, de joie ou d'espérance,
c'est un cœur qui sonne creux, et son écho fait mal à tout l'ensemble.
Un arbre qui sonne creux, c'est un arbre mort ; à la première étincelle, il s'embrase.
Serait-ce par amour qui le puisse ?
Alors le cœur du lion tourne en rond, sans fin. Il a oublié hier, il ignore demain.
Le centre de sa vie, c'est ce point de gravité sur lequel il s'effondre.
Tout cela n'a aucun sens.