samedi 25 avril 2026

C’est trop dur seigneur


 

Oh Seigneur, sous ton regard tu me vois, et tu sais combien c’est difficile pour moi. Plus il y a de soleil, et plus j’ai peur de sortir. J’ai la tête dans un étau qui se serre lentement ; j’ai son métal glacé maintenant sur mes tempes, et il m’écrase. 

C’est si dur. Je vois des aventuriers, des marins qui se battent contre une mer déchaînée, mais ils ne sont pas seuls comme moi. Ils combattent ensemble jusqu’à mourir. 

Je me sens si seul, si abandonné de tous côtés.
Je n’ai plus de force pour crier, et encore moins pour pleurer. Quelques grains pour encore prier, mais tout juste assez.

Je suis si sec, broyé, écrasé sous ton pied. Parfois, je rêve : avec un peu d’eau, je bois, et c’est la trêve. Vient alors l’amour, une tendresse douce, des câlins remplis de parfums fruités et des cheveux dans la bouche. Voilà comment tu adoucis ma vie amère. 

Cependant, j’en ai marre. J’en ai marre d’en avoir marre, c’est vertigineux. Ça fait si longtemps que ça dure que, si j’ouvre ma bouche, rien ne peut en sortir. Je suis comme les poissons sur l’étal, allonger sur des cristaux de glace : l’œil vif, les ouïes rouges, mais rien ne bouge. 

Mon espoir, c’est de retrouver l’espoir. Ma mort, c’est ce rendez-vous en retard qui me rappelle le goût du vivant. 

C’est quoi, être vivant ? 

Je ne m’en souviens plus. Si au moins je n’étais pas si seul, j’aurais encore de quoi réconforter ceux qui m’accompagnent dans cette traversée brutale où rien n’est compréhensible. C’est une tempête sans vagues. Je n’ai pas le goût salé de l’océan qui se fâche, ni même ce spectacle des catastrophes sous la bâche : l’eau, le feu, l’air et la terre. Ni tsunami, ni incendie, ni ouragan, ni tremblement de terre. 

Tout est plat dans la misère, tout est fade. 

Que dois-je faire ? 

Il ne me reste plus qu’à faire face, 

seul, 

totalement oublié. 

Je cherche dans cette injustice ma responsabilité, et je ne trouve rien, rien de bien fâcheux qui me coûte à ce point de perdre la vie de mon vivant. Il y a peut être ce serpent qui file on ne sait où, glissant, luisant, peut être à t il agi dans mon dos pour alourdir mon fardeau ; mais on dirait qu’il s’éloigne, même lui ne veut plus perdre son temps avec un fou. 

C’est ce qu’on appelle un échec cuisant. Désolé 

mercredi 22 avril 2026

Les écrans

 





Les écrans

Les écrans ne pleurent pas 

Quand les messages sont terribles

Les écrans ne tremblent pas

Ils n’ont pas de peau pour te réchauffer

Ils sont froids dans nos mains

Rien ne les fait réagir 

aux horreurs qu’ils transmettent 

Au travers de lui, tu te demandes quoi ?

Qu’est ce que je vois ?

Une vérité ou un mensonge ?

Ils nous flattent et la batterie s’arrête 

Comme des orphelins nous sommes perdus quand on ne l’a plus dans la main mais dans nos têtes

Ils disent ni merci ni Boujour

Mais on peut les fixer nuit et jour

La nuit, ils résistent parfois

Mais une seule notification et tu te réveilleras 

Comme un lion

 




Comme un lion


Tous les ans, je passais par les Cirques Pelouse de Reuilly à Paris, 

puisque j'étais leur client et que j'y envoyais les miens. 

Quand j'avais une pause, passant derrière les tentes rouge et or, j'allais voir les animaux. 

J'étais attiré par les cages, supportant la mienne.

Je voyais le lion, son aspect royal, son déhanchement dans cette cage 

me rappelait les rois dont le cœur était rempli de cette sainte rage pour protéger leur royaume. 

Mais ce lion-là, c'est dans les odeurs de pisses et de viande pourrie qu'il tournait sans cesse, 

cherchant une issue, celle de la liberté.

Nos regards se croisaient à chaque passage. 

Nos silhouettes se reflétaient dans nos larmes qui s'agrippaient à la cornée 

pour ne pas tomber et tacher notre orgueil, détruire notre amour-propre. 

Mais parfois une goutte tombait, comme le sang d'une aiguille prélevant un peu de cette vie qui coulait dans nos veines. 

Il était enfermé dedans et moi dehors. 

Je le voyais comme mes espoirs déçus, le héros à terre, le soldat sans bataille. 

Je finirai comme lui, dans deux mètres carrés, à gémir en silence, que l'on me change ma couche avant la nuit, si j'ai de la chance.

Un cœur qui bat comme un robot, qui ne s'embarrasse plus de sentiments, de joie ou d'espérance, 

c'est un cœur qui sonne creux, et son écho fait mal à tout l'ensemble. 

Un arbre qui sonne creux, c'est un arbre mort ; à la première étincelle, il s'embrase. 

Serait-ce par amour qui le puisse ?

Alors le cœur du lion tourne en rond, sans fin. Il a oublié hier, il ignore demain. 

Le centre de sa vie, c'est ce point de gravité sur lequel il s'effondre. 


Tout cela n'a aucun sens.

C’est trop dur seigneur

  Oh Seigneur, sous ton regard tu me vois, et tu sais combien c’est difficile pour moi. Plus il y a de soleil, et plus j’ai peur de sortir. ...