Si j’ai reçu
Si je suis vide, je ne le suis pourtant pas.
De ce que j’ai reçu dans le mystère le plus total, comment je le proclamerais à cette humanité de pierre ?
Mes paroles rebondiraient en revenant vers moi sans avoir porté aucun fruit.
Faut-il proclamer sans retour ou se taire et rester sec ?
Où est le but, la cible, puisque ce que j’envoie ne va nulle part ?
Ceux qui ne veulent pas de la lumière, c’est parce qu’elle les éblouit ; quand la lumière est douce, elle montre le chemin, mais quand elle est trop forte, elle aveugle. Alors ceux qui sont aveuglés même par la lumière douce, comment pourraient-ils supporter celle qui est plus forte ?
Sur le chemin de la rencontre, réconcilié avec Dieu, s’il n’y a personne pour aider celui qui est aveuglé à avancer vers la lumière, livré à lui-même, il tombera dans un ravin ou frappera un arbre ; il ne pourra éviter chaque obstacle et atteindre le but.
Alors à qui est confiée cette mission ?
Aux baptisés, à l’Église, aux personnes de bonne volonté, aux martyrs, aux saints et, avec puissance, au Christ.
Aider le prochain, avoir les yeux portés sur lui pour le faire avancer, permet de ne pas être aveuglé soi-même et que l’un et l’autre progressent ensemble.
Savoir vers qui je vais en soutenant celui qui est comme moi aux yeux de Dieu. C’est comme un tissage de relations qui habille les hommes et femmes de foi. Chaque acte compte, chaque pas fait aller de l’avant, chaque larme est un prémisse de vie.
La souffrance ancienne justifie le bonheur à venir ; sans résoudre le mystère, elle l’accomplit.
Fuir la vérité, c’est fuir la lumière, et donc se jeter dans l’obscurité, dans laquelle on ne peut plus rien.
Au risque de l’éblouissement, ouvrir les yeux et se tenir devant elle relève de l’exploit, tant le monde se moque de la vérité en recherchant dans l’abrutissement le repos des tourments qui l’accusent jour et nuit.
Mais on peut s’étourdir jusqu’à l’excès par tout ce que l’homme a créé avec l’aide du malin : par des ivresses d’argent, de pouvoir, de chair et de vin, ou d’ivresses chimiques, et aussi l’ivresse de l’amour de soi.
Mais cela suffit-il à combler le cœur ?
Non, nous ne sommes pas créés pour être rassasiés ainsi ; seul l’amour peut rassasier le cœur de l’homme, et même l’amour est tourné en ridicule aujourd’hui, empêchant tout espoir de le connaître. C’est un malheur immense que de donner son consentement au mal déguisé en bien, car ce qui sauve n’est pas de notre monde, mais du monde à venir.
Ceux qui agissent avec sainteté et humilité invitent alors l’espérance du monde à venir dans le monde présent, tant que leurs yeux et leurs cœurs soient ouverts.
Il semble si difficile de se comporter comme des justes, des humbles.
Si Dieu précède nos pas, il suffit de le suivre, les yeux sur la croix, et quelle que soit notre expérience présente, elle s’inscrit dans la grande ligne qui mène à la vie éternelle.
C’est le principe de tous ceux qui cheminent, partent en voyage ou entament l’ascension d’une grande hauteur.
S’inquiètent-ils du gravier, du caillou, de la pente, alors qu’ils avancent vers le sommet ?
Ils n’ont à l’esprit que le but, le sommet, quelle que soit la difficulté présente.
Ils ont le cœur qui est rapide, la sueur qui coule à flots, pique les yeux, et le soleil qui tape, le souffle court, et à chaque pause ce ne sont pas leurs chaussures qu’ils regardent mais encore le sommet, le but.
Chrétiens, toi aussi regarde le but et il te procurera le réconfort et les encouragements, une joie immense, même si tes pieds, tes cuisses, ton dos, ton moral n’en peuvent plus ; tu vas arriver au but parce que le Christ est venu et il t’appelle, effaçant les peines et les douleurs comme un petit enfant ; toi qui étais fichu selon toi-même, tu te redresses et cours pour accomplir la promesse de Jésus. Il est si grand qu’il le fait avec nous et non malgré nous, et aime la volonté que l’on dirige vers lui ; alors il l’augmente par son Cœur sacré.
Voyant cela, celui qui ne croit pas sera dans l’effroi ; il comprendra qu’il n’aura pas le soutien indispensable de celui qu’il a rejeté pour si peu de plaisirs et d’indifférence.
Si tu ignores le seul qui sauve,
alors comment pourra-t-il te sauver ?
Si tu ignores la fontaine, comment pourras-tu y boire ?
Tu t’es condamné toi-même.




