jeudi 16 octobre 2025

Le Pardon

Le pardon


Le pardon se donne en un souffle.

Une respiration peut suffire,
si, dans le cœur, se détache le jugement de la justice.
Parce que ce sont les hommes
qui ont associé justice et jugement.

La justice, pour un cœur droit,
est comme une eau fraîche,
et non comme une coulée de lave brûlante.

La justice est une fermeté qui rassure
et délivre de l’enfermement
dans lequel on se met soi-même.

Sans pardon, on s’accroche comme à un aimant
à ce qui nous fait du mal,
y voyant une punition injuste,
qui se manifeste par la colère,
la rancune, la culpabilité ou la haine.

Ainsi, pour que la justice puisse agir,
elle se nourrit de miséricorde,
car elle déporte le regard que l’on a sur sa propre âme
vers une vision d’amour —
et non de non-amour ou d’amour-propre.

Je pense que, de cette manière,
l’ouvrage qui mène au pardon
se fait sur un bon appui.

Le pardon a besoin d’un socle :
si, dans le cœur, il y a trop de confusion,
alors il n’y a pas d’appui,
et sans fondement, on ne peut rien construire.

Tout devient relatif, variable ou aléatoire,
sans possibilité de saisir ce qu’il y a à corriger.

Le pardon se construit autant que l’on peut aimer
avec justice et miséricorde.
Car alors, on est honnête —
et l’honnêteté est aussi un moyen
de pardonner en vérité.

L’honnêteté ne dissimule rien :
elle est une forme d’audace, de force,
qui dit :
« Parce que tu es honnête, je suis avec toi. »

Ainsi, le pardon, si difficile à donner ou à se donner,
devient un chemin d’espoir
qui ne cache pas les difficultés,
mais qui les remet à leur juste place :
celle des marches d’un escalier que l’on monte péniblement,
pour s’élever malgré tout ce que nos sens
et notre égoïsme opposent.

Pardonner est si immense,
et semble si impossible —
à bout de force, on veut abandonner
avant même d’avoir osé commencer.

Et si le pardon,
quand le cœur est mûr,
ne pesait pas plus lourd qu’un souffle,
un sourire ?
Dans la pureté de la charité.

« Avoir le cœur lourd », dit-on.
À l’inverse,
quand le cœur est libéré grâce au pardon,
alors on a le cœur léger comme un souffle.

Pas besoin de mots
ni de prières sophistiquées,
juste un souffle,
dans lequel on dit :
« Je te pardonne. »

Pourquoi le souffle ?
Parce qu’il vient du cœur
et nous traverse les entrailles.

On respire chaque jour
sans comprendre qu’à chaque inspiration,
le miracle de la vie pénètre au-dedans de notre corps
et fait respirer l’âme aussi —
encore, et encore, et encore,
jusqu’au dernier souffle.

Et si, dans chaque souffle, il y avait un pardon,
alors le ciel respirerait avec nous et en nous,
sans entraves, sans obstacles.

Et si, du dedans, la paix s’installe,
rien, des épreuves extérieures,
ne peut atteindre cette paix.

Mais, à l’inverse,
c’est de l’intérieur que la Paix rayonnera
pour redonner ce que l’âme a reçu.

Faire pardon,
c’est honorer Dieu.
Peut-être est-ce une louange, alors ?

mercredi 1 octobre 2025

Le deuil

Le deuil


Ma vie est enrobée de deuils incessants et successifs

qui ne font que s’accumuler.
Chaque jour, ma vie se remplit de vide
en perdant tout ce qui pourrait réjouir mon cœur.
Mais je reste seul.
En compagnie de moi-même, je meurs chaque jour.

Au creux de mes yeux,
les larmes sont tristes et roulent doucement,
tièdes et salées.
Ce sont des billes de grenade,
transparentes comme le cristal.
Mes larmes sont si faibles
qu’elles sont plus proches de la brume que du liquide.

Une brume de deuil m’entoure.
Au loin, j’aperçois, de dos,
les désirs et les joies perdus qui ne reviendront pas.
Je n’ai aucune force pour les retenir.
Parfois je les appelle,
mais je ne peux que les voir partir.
Elles s’éloignent, loin,
mais restent assez proches pour me narguer
et me crever le cœur, une fois de plus.

Être seul dans ce béton, écrasant et froid…
Le ciment mouillé a le parfum du tombeau.
Je n’y suis pas encore au propre,
mais j’y suis au figuré.
Tous les symboles du quotidien
sont ceux d’un esprit défunt,
qui erre sans repères, sans aide, sans amour,
sans soutien, sans compassion —
seulement bien présent
pour comprendre à quel point j’ai déjà disparu.

Le deuil, c’est la séparation —
toutes celles que l’on ne peut supporter,
celles qui nous effraient ou nous font souffrir.
Lorsqu’il devient impossible
de retrouver ce que l’on a perdu,
alors nous sommes en deuil.

Mes deuils sont si nombreux
que je ne vois rien en moi qui n’en soit pas.
Au-dedans, je vis dans une forêt sombre
où le néant se cache et me dévore.
Impossible de fuir : tout est pareil,
tout se répète à l’infini,
jusqu’à perdre la raison,
jusqu’à espérer la folie
pour oublier une réalité si humiliante.

Je cherche — sincèrement, je cherche —
la sortie de cet enfer.
Mais je me perds davantage
en croyant m’en échapper.
Mon esprit est enfermé.
J’ai si peur du dehors, des gens,
que mon deuil social est tragique lui aussi.

Si j’ai une conversation, même courte,
je m’inquiète rapidement,
car je sais qu’elle va finir,
et que tout l’ennui se repliera sur moi.
Alors je deviens triste,
et la mélancolie me hante,
parfumant mon âme d’une angoisse suicidaire.

Plutôt mourir.


Mais je tiendrai bon.
Pourtant, je ne sais pas pourquoi je m’obstine à croire
qu’un jour je serai vivant,
car je ne reçois que des signes dramatiques
qui ne laissent place qu’à des catastrophes
que je devrai vivre seul —
totalement seul,
avec personne,
et pour personne.

Tous ceux qui voudront m’aider
seront une source de douleur supplémentaire,
car personne ne peut comprendre,
puisque moi-même je n’y comprends rien.

Ce combat m’épuise.
Le quotidien de cette marche militaire —
comme je voudrais qu’il m’achève une bonne fois pour toutes…

J’ai trop mal.
Et rien d’autre ne m’est permis pour le moment.

Un jour, je relirai ces pages, ces messages,
et probablement je serai bouleversé,
ayant enfin réussi à être vivant —
en vie —
et à donner amour pour Amour,
et pour la gloire d’un seul.

Les écrans

  Les écrans Les écrans ne pleurent pas   Quand les messages sont terribles Les écrans ne tremblent pas Ils n’ont pas de peau pour te réchau...