mercredi 1 octobre 2025

Le deuil

Le deuil


Ma vie est enrobée de deuils incessants et successifs

qui ne font que s’accumuler.
Chaque jour, ma vie se remplit de vide
en perdant tout ce qui pourrait réjouir mon cœur.
Mais je reste seul.
En compagnie de moi-même, je meurs chaque jour.

Au creux de mes yeux,
les larmes sont tristes et roulent doucement,
tièdes et salées.
Ce sont des billes de grenade,
transparentes comme le cristal.
Mes larmes sont si faibles
qu’elles sont plus proches de la brume que du liquide.

Une brume de deuil m’entoure.
Au loin, j’aperçois, de dos,
les désirs et les joies perdus qui ne reviendront pas.
Je n’ai aucune force pour les retenir.
Parfois je les appelle,
mais je ne peux que les voir partir.
Elles s’éloignent, loin,
mais restent assez proches pour me narguer
et me crever le cœur, une fois de plus.

Être seul dans ce béton, écrasant et froid…
Le ciment mouillé a le parfum du tombeau.
Je n’y suis pas encore au propre,
mais j’y suis au figuré.
Tous les symboles du quotidien
sont ceux d’un esprit défunt,
qui erre sans repères, sans aide, sans amour,
sans soutien, sans compassion —
seulement bien présent
pour comprendre à quel point j’ai déjà disparu.

Le deuil, c’est la séparation —
toutes celles que l’on ne peut supporter,
celles qui nous effraient ou nous font souffrir.
Lorsqu’il devient impossible
de retrouver ce que l’on a perdu,
alors nous sommes en deuil.

Mes deuils sont si nombreux
que je ne vois rien en moi qui n’en soit pas.
Au-dedans, je vis dans une forêt sombre
où le néant se cache et me dévore.
Impossible de fuir : tout est pareil,
tout se répète à l’infini,
jusqu’à perdre la raison,
jusqu’à espérer la folie
pour oublier une réalité si humiliante.

Je cherche — sincèrement, je cherche —
la sortie de cet enfer.
Mais je me perds davantage
en croyant m’en échapper.
Mon esprit est enfermé.
J’ai si peur du dehors, des gens,
que mon deuil social est tragique lui aussi.

Si j’ai une conversation, même courte,
je m’inquiète rapidement,
car je sais qu’elle va finir,
et que tout l’ennui se repliera sur moi.
Alors je deviens triste,
et la mélancolie me hante,
parfumant mon âme d’une angoisse suicidaire.

Plutôt mourir.


Mais je tiendrai bon.
Pourtant, je ne sais pas pourquoi je m’obstine à croire
qu’un jour je serai vivant,
car je ne reçois que des signes dramatiques
qui ne laissent place qu’à des catastrophes
que je devrai vivre seul —
totalement seul,
avec personne,
et pour personne.

Tous ceux qui voudront m’aider
seront une source de douleur supplémentaire,
car personne ne peut comprendre,
puisque moi-même je n’y comprends rien.

Ce combat m’épuise.
Le quotidien de cette marche militaire —
comme je voudrais qu’il m’achève une bonne fois pour toutes…

J’ai trop mal.
Et rien d’autre ne m’est permis pour le moment.

Un jour, je relirai ces pages, ces messages,
et probablement je serai bouleversé,
ayant enfin réussi à être vivant —
en vie —
et à donner amour pour Amour,
et pour la gloire d’un seul.

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