Je n’arrive plus à penser
Et si tout ce que je cherche
était déjà là, sous mes yeux,
au-dedans de moi ?
Je ne peux pas dire le contraire —
que ce soit la maladie ou le traitement,
je sens en permanence, en moi,
une paix profonde, au centre de mon être,
à l’abri, sous plusieurs couches
de lâcheté, probablement.
C’est comme le lit d’un fleuve :
il n’y a rien de plus profond,
et moi, je le remplis avec mon agitation,
mes désirs, mes peurs, mes frustrations,
ma mélancolie, ma lassitude —
et j’en passe.
Comment faire pour rejoindre cette paix,
moi, en me débarrassant du superflu
qui crée une tension
et m’éloigne de ce qui est peut-être
l’être véritable que je cherche ?
Je vais essayer de ne plus rien tenter,
d’approfondir mon dévouement à la Providence
et d’être à l’écoute de ce qui se passe en moi —
mais cela paraît si difficile,
si inatteignable.
C’est comme un pari,
et je les perds toujours.
Ce n’est que ma vie
que je n’arrive pas à saisir.
Je vais faire ce que je peux,
et j’espère que cette paix
n’est pas une anomalie ou un symptôme,
car alors, il ne me resterait plus rien.
Vraiment rien.
J’en ai fait des rêves.
J’ai essayé de tout goûter,
j’ai essayé de découvrir
ce qui était caché.
Personne ne m’a donné
les bons conseils
pour éviter de m’éparpiller.
Mais quand on s’égare,
cela semble les amuser.
Maintenant, je n’arrive plus à penser.
Les rêves sont des tortures.
Comment supporter d’être si isolé ?
Mon cœur a des plaies, des brûlures.
Le temps s’échappe —
ni en retard, ni en avance,
modèle de persévérance.
J’ai fait taire les plaintes.
Je ne crie plus.
Je cherche la gratitude,
celle que je dois
à Celui qui donne tout.
Et voilà, je n’ai plus que ça.
Je n’ai plus rien.
Je ne suis plus qu’un souvenir,
et personne ne se souvient.
Un goût sans goût,
une vie sans vie,
des pleurs sans larmes,
une rage sans cri.
Dans un silence qui fait du bruit,
un tambour qui s’étouffe aussi,
mon cœur bat sans raison.
Le jour où il s’arrêtera,
ce sera — c’est — le bon.
Mes mains libres sont liées,
mes jambes fermes se dérobent.
J’attends mon dernier souffle.
Il vide mes poumons, vide un gouffre,
mais il insiste encore et encore.
Je respire pourtant sans effort.
Mon corps est lourd comme un bœuf,
et il craque comme une biscotte.
Les gestes sont si lents, si lourds.
L’âge est une maladie qui étouffe.
Seul le temps se supporte lui-même.
Moi, il me tue à chaque seconde.
Il s’écrit d’un trait,
sans lever la pointe,
une ligne qui ne finit jamais —
cette ligne sur laquelle je suis suspendu,
funambule pathétique, condamné
au vertige, sans rien à gagner.

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