Bipolaire
Être bipolaire, c'est pas rigolo J'ai même offert des fleurs À mon médecin Une belle brune aux yeux verts Qui a découvert que j'étais bipolaire Pour la remercier, je lui ai fait livrer des fleurs En mode anonyme Elle s'est mise à flipper Quand je lui ai dit : « Oui, c'est moi » Son mari jaloux est venu au cabinet Avec son pote pizzaïolo Pour me suivre dans la ville Pour me faire la peau
Être bipolaire, c'est pas rigolo Pourtant quand tu pars en délire Tout le monde se marre et s'éclate de rire : De moi, de ci, de ça, du délire Alors la honte tombe sur moi Levé à 4h, à 3h, ou rester 72h sans sommeil avec une pêche d'enfer, ouais c'est vrai On se croit invincible Quel piège terrible Quand le délire disparaît C'est l'enfer qui arrive La dépression Dans sa plus violente expression Le niveau est si élevé Que la conscience ne fait que chercher le moyen le plus sûr De se tuer. Quelle idée d'habiter dans une tour Au douzième étage Quelle force invisible me garde sage ? Juste un petit pas Et tout sera fini pour moi, Enfin libéré des douleurs.
Frères et sœurs bipolaires Tout passe, il faut tenir Dans la menace La honte ? Il faut en rire Votre cœur n'est pas en fonte Même si chaque battement de cœur blesse cet ouvrage et le démonte
Y a pas le choix Y a que les médocs Et ils comptent sur toi Bien prendre le traitement Ça va de soi Sinon tu vas morfler Et tous tes proches avec toi Tu dois apprendre à supporter l'ennui, parce que la vie n'est pas toujours vivante, c'est ainsi
Je sais, être bipolaire c'est pas rigolo On n'est pas des clones Mais des originaux Faut juste pas trop les secouer Des hypersensibles, il en faut Et agir quand s'allument les signaux
J'ai prié celui qui voit tout Mais maintenant il m'ignore Son indifférence me suit partout La vie est tellement chienne Mais sans foi Il ne restera rien de moi Je disparaîtrai comme j'ai vécu Oublié et inconnu
La vie ne devrait pas être comme ça, c'est trop dur.
Comme passe une journée, Tout ce que j'ai cru, un jour, Sera à ma portée, face à face, En un instant je comprendrai tout. Quel soulagement après toutes Ces questions, tourments, doutes, peurs, honte, désœuvrement, solitude, abandon… même si j'en oublie, l'abîme d'une vie, ça vous glace le sang. Le paradoxe, c'est que dans ce gémissement il y a une louange pour la vie et son créateur, c'est étrange.
La douleur est plus fertile que bien des bonnes œuvres faites par convoitise. Souffrir en silence, sans soutien, donne des fruits, et même si personne ne souhaite ces douleurs, lorsqu'elles surviennent, la part sensible est blessée et elle crie, mais la part spirituelle grandit par le détachement du sensible. Tandis que nos vies sont nourries non-stop par des signaux sensibles, ces signaux ne sont pas les plus importants mais les plus présents. Il est bien plus rare de réussir à se détacher du sensible, comme en prière ou en oraison — d'autres diront méditation. Ces instants sont difficiles et profonds, voire insaisissables, comme une brume que l'on veut attraper et qui vous échappe. Mais il n'y a que cet attachement à l'être spirituel qui fait véritablement grandir, et en avançant en âge, on recherche davantage cette séparation esprit/chair, car on a essayé bien des choses de la chair sans pour autant en être rassasié, par l'expérience du vide des choses du monde.
Tous les cœurs sont créés avec une béance. Et libre à chacun de remplir cette ouverture par le bien ou le mal. C'est ainsi que la vie terrestre est un lieu de passage qui permet de se révéler en vérité, de dire par les actes : « Voici qui je suis. » Alors ceux qui se mentent à eux-mêmes auront un grand chagrin face à la vérité, mais ils savent ce qu'ils font sans en comprendre la portée. C'est pourquoi il faut leur parler — non pas pour leur dire quoi faire ou comment faire, mais pour leur rappeler qu'ils ont oublié d'explorer une partie d'eux-mêmes, sûrement la plus essentielle et la plus importante.

