Oh Seigneur, sous ton regard tu me vois, et tu sais combien c’est difficile pour moi. Plus il y a de soleil, et plus j’ai peur de sortir. J’ai la tête dans un étau qui se serre lentement ; j’ai son métal glacé maintenant sur mes tempes, et il m’écrase.
C’est si dur. Je vois des aventuriers, des marins qui se battent contre une mer déchaînée, mais ils ne sont pas seuls comme moi. Ils combattent ensemble jusqu’à mourir.
Je me sens si seul, si abandonné de tous côtés.
Je n’ai plus de force pour crier, et encore moins pour pleurer.
Je suis si sec, broyé, écrasé sous ton pied. Parfois, je rêve : avec un peu d’eau, je bois, et c’est la trêve. Vient alors l’amour, une tendresse douce, des câlins remplis de parfums fruités et des cheveux dans la bouche. Voilà comment tu adoucis ma vie amère.
Cependant, j’en ai marre. J’en ai marre d’en avoir marre, c’est vertigineux. Ça fait si longtemps que ça dure que, si j’ouvre ma bouche, rien ne peut en sortir. Je suis comme les poissons sur l’étal, sur des cristaux de glace : l’œil vif, les ouïes rouges, mais rien ne bouge.
Mon espoir, c’est de retrouver l’espoir. Ma mort, c’est ce rendez-vous en retard qui me donne le goût du vivant.
C’est quoi, être vivant ?
Je ne m’en souviens plus. Si au moins je n’étais pas si seul, j’aurais encore de quoi réconforter ceux qui m’accompagnent dans cette traversée brutale où rien n’est compréhensible. C’est une tempête sans vagues. Je n’ai pas le goût salé de l’océan qui se fâche, ni même ce spectacle des catastrophes qui nous sidèrent : l’eau, le feu, l’air et la terre. Ni tsunami, ni incendie, ni tremblement de terre, ni ouragan.
Tout est plat dans la misère, tout est fade.
Que dois-je faire ?
Il ne me reste plus qu’à faire face, seul, totalement oublié. Je cherche dans cette injustice ma responsabilité, et je ne trouve rien, rien de bien fâcheux qui me coûte à ce point de perdre la vie de mon vivant. Il y a peut être ce serpent qui file on ne sait où, glissant, luisant, peut être à t il agi dans mon dos pour alourdir mon fardeau ; mais on dirait qu’il s’éloigne, même lui ne veut plus perdre son temps avec un fou.
C’est ce qu’on appelle un échec cuisant. Désolé

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