Les Lys Blancs
Il y avait, au milieu du champ,
un carré de lys blancs
entouré par des blés dorés,
gorgés d’un soleil brillant.
Les bruns dansaient au vent.
Mes yeux se réjouissaient,
et mon esprit s’étonnait :
ce carré parfait, dans ce champ,
était aussi droit que surprenant.
J’entrai donc dans le carré blanc.
Les épis de blé frémissaient.
J’arrivai au centre du champ,
et j’y étais du plus bel effet.
Les lys
dessinaient une frontière pure.
Tournant sur moi-même,
les cheveux au vent,
je caressai les pétales royaux,
ligne droite et angle droit,
avec un sourire d’enfant
et le sentiment
d’être enfin chez moi.
Quel songe étrange :
le ciel était bleu-vert,
aussi tendu qu’un écran.
Ce plafond de turquoise
m’enlevait toute pâleur,
à moi
qui n’étais jamais à l’heure.
Cependant, il y avait au loin
le mugissement d’une foule.
Leur ciel était de soufre rouge —
pas des pleurs, mais des hurlements.
Mon sourire ne disparaissait pas.
Dans le carré blanc,
il y avait la sagesse,
et, à ses côtés, le droit et la justice.
Si bien que je n’étais pas effrayé :
tout était juste et droit,
rempli d’intelligence et de sagesse.
C’est comme entendre
une chanson pour la première fois,
et être convaincu
de l’avoir déjà entendue —
comme si un refrain avait précédé la chanson.
Mais que vont devenir ceux là-bas ?
À cette pensée, les lys ont changé :
ils sont passés de blancs scintillants
à rouge sang, se flétrissant lentement.
Le vent dans mes cheveux devint plus ferme, plus soutenu.
Une force me quittait,
et une autre venait.
Le ciel s’assombrit pour se fendre de quelques éclairs,
aussi fins que des racines de potager,
des éclairs en forme de capillaires,
des cheveux de feu qui augmentaient.
Il n’y avait plus les cris lointains,
et le rouge crépuscule était noir —
une obscurité affamée
venue dévorer les égarés.
Mon carré, comme un fort de Vauban,
me gardait en lieu sûr. Et aussitôt,
il y eut un combat sur la terre et dans le ciel.
De mon point de vue, les ténèbres se dispersaient,
et elles furent toutes détruites.
Soudain, des parfums merveilleux et inconnus
se répandaient dans le carré,
où les lys étaient encore plus grands,
plus blancs et plus lumineux.
Ils se répandaient autour, dans le champ :
les blés, les épis, tout ce qui vivait
fut purifié et blanchi,
si bien que moi-même,
j’étais devenu comme les lys,
d’une blancheur purifiée par la sagesse et son maître.
Je n’avais aucun mérite,
et j’étais stupéfait.
Mais le Créateur de tout l’avait voulu ainsi.
Alors je compris enfin pourquoi ma vie
fut si insignifiante et privée de joie,
de consolation,
n’attendant plus rien de personne.
J’avais été façonné pour ce moment de grâce,
qui est message d’espoir
pour tous les affligés.

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