jeudi 30 juillet 2026

La Trinité

La Trinité





C’est un carrefour bouillonnant,
dans un sens, les voitures,
dans un autre, les passants.
Les gens se croisent
et se mélangent,
et ils se regardent à peine.
Chacun ignore la foule,
comme si ce n’était
que le surplus d’elle-même.
Chacun est un monde
pour lequel le reste est étranger.

Le feu est rouge.
Je veux passer ?
Personne ne bouge.
Un pas devant l’autre,
je vais vous écraser,
vous esquiver.
Je marche, et vous ?
Vous n’existez pas.
Vous êtes seulement
un décor qui s’en va.

Quand j’avance,
ne me suivez pas.
Vous n’êtes rien pour moi,
que l’excédent des humains
que jamais je ne connaîtrai.

Et s’ils s’aimaient et se regardaient ?
Si, près des théâtres
de Mogador et consorts,
on voyait dans les rues
les corps
danser et tournoyer, avec le rire
des fêtes bien arrosées,
narguant la chaleur d’un été
de fournaise, embrasant les blés
et les cœurs esseulés.

Oh, si l’amour pouvait souffler,
souffler fort,
sans blesser les forêts,
en ouvrant les possibilités
qu’un jour,
même un seul,
pour une heure même,
nos regards embrasseraient,
en vérité,
l’amitié des humains dispersés,
si communs et singuliers,
au milieu de ce carrefour,
au pied de la Trinité.


vendredi 24 juillet 2026

Place des Vosges

Place des Vosges 







Sur les pelouses ombragées, 

les gens sont posés, 

ils parlent et se détendent 

sur l’herbe fraîche.

L’été est parfait, 

le soleil et les embruns des fontaines 

caressent les mains enlacées des amoureux 

qui ne font qu’un sur les bancs alignés, 

comme les années qu’ils pourront peut‑être 

passer ensemble, 

leurs regards croisés, 

ceux des amants désirés.

Ils ont choisi ce parc 

pour laisser filer le temps 

qu’ils ont capturé 

dans de longs baisers.

Lent comme le vent, 

doux comme le miel 

auquel rien ne s’ajoute 

que cet immortel sentiment d’être vivant.

Au loin, le cri des enfants leur dit :

un jour, un instant,

l’amour donne la vie,

et c’est lui que l’on entend dans ce parc,

la vie des enfants,

fruits des amoureux d’antan.

Ils ont vieilli,

ils sont parents,

ils se souviennent de ces moments

quand leur promenade

les faisait passer devant,

devant les amants.

Alors elle prend sa main,

avec un regard d’enfant,

et elle voit qu’il se souvient

des baisers haletants,

sur ce banc vieillissant.

Ils ressemblent aux amoureux.

Qu’importe le temps,

le parc ouvert de leur cœur est si grand

Maintenant

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