jeudi 30 juillet 2026

La Trinité

La Trinité





C’est un carrefour bouillonnant,
dans un sens, les voitures,
dans un autre, les passants.
Les gens se croisent
et se mélangent,
et ils se regardent à peine.
Chacun ignore la foule,
comme si ce n’était
que le surplus d’elle-même.
Chacun est un monde
pour lequel le reste est étranger.

Le feu est rouge.
Je veux passer ?
Personne ne bouge.
Un pas devant l’autre,
je vais vous écraser,
vous esquiver.
Je marche, et vous ?
Vous n’existez pas.
Vous êtes seulement
un décor qui s’en va.

Quand j’avance,
ne me suivez pas.
Vous n’êtes rien pour moi,
que l’excédent des humains
que jamais je ne connaîtrai.

Et s’ils s’aimaient et se regardaient ?
Si, près des théâtres
de Mogador et consorts,
on voyait dans les rues
les corps
danser et tournoyer, avec le rire
des fêtes bien arrosées,
narguant la chaleur d’un été
de fournaise, embrasant les blés
et les cœurs esseulés.

Oh, si l’amour pouvait souffler,
souffler fort,
sans blesser les forêts,
en ouvrant les possibilités
qu’un jour,
même un seul,
pour une heure même,
nos regards embrasseraient,
en vérité,
l’amitié des humains dispersés,
si communs et singuliers,
au milieu de ce carrefour,
au pied de la Trinité.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

La Trinité

La Trinité C’est un carrefour bouillonnant, dans un sens, les voitures, dans un autre, les passants. Les gens se croisent et se mélangent, ...