jeudi 30 juillet 2026

La Trinité

La Trinité





C’est un carrefour bouillonnant,
dans un sens, les voitures,
dans un autre, les passants.
Les gens se croisent
et se mélangent,
et ils se regardent à peine.
Chacun ignore la foule,
comme si ce n’était
que le surplus d’elle-même.
Chacun est un monde
pour lequel le reste est étranger.

Le feu est rouge.
Je veux passer ?
Personne ne bouge.
Un pas devant l’autre,
je vais vous écraser,
vous esquiver.
Je marche, et vous ?
Vous n’existez pas.
Vous êtes seulement
un décor qui s’en va.

Quand j’avance,
ne me suivez pas.
Vous n’êtes rien pour moi,
que l’excédent des humains
que jamais je ne connaîtrai.

Et s’ils s’aimaient et se regardaient ?
Si, près des théâtres
de Mogador et consorts,
on voyait dans les rues
les corps
danser et tournoyer, avec le rire
des fêtes bien arrosées,
narguant la chaleur d’un été
de fournaise, embrasant les blés
et les cœurs esseulés.

Oh, si l’amour pouvait souffler,
souffler fort,
sans blesser les forêts,
en ouvrant les possibilités
qu’un jour,
même un seul,
pour une heure même,
nos regards embrasseraient,
en vérité,
l’amitié des humains dispersés,
si communs et singuliers,
au milieu de ce carrefour,
au pied de la Trinité.


vendredi 24 juillet 2026

Place des Vosges

Place des Vosges 







Sur les pelouses ombragées, 

les gens sont posés, 

ils parlent et se détendent 

sur l’herbe fraîche.

L’été est parfait, 

le soleil et les embruns des fontaines 

caressent les mains enlacées des amoureux 

qui ne font qu’un sur les bancs alignés, 

comme les années qu’ils pourront peut‑être 

passer ensemble, 

leurs regards croisés, 

ceux des amants désirés.

Ils ont choisi ce parc 

pour laisser filer le temps 

qu’ils ont capturé 

dans de longs baisers.

Lent comme le vent, 

doux comme le miel 

auquel rien ne s’ajoute 

que cet immortel sentiment d’être vivant.

Au loin, le cri des enfants leur dit :

un jour, un instant,

l’amour donne la vie,

et c’est lui que l’on entend dans ce parc,

la vie des enfants,

fruits des amoureux d’antan.

Ils ont vieilli,

ils sont parents,

ils se souviennent de ces moments

quand leur promenade

les faisait passer devant,

devant les amants.

Alors elle prend sa main,

avec un regard d’enfant,

et elle voit qu’il se souvient

des baisers haletants,

sur ce banc vieillissant.

Ils ressemblent aux amoureux.

Qu’importe le temps,

le parc ouvert de leur cœur est si grand

Maintenant

samedi 25 avril 2026

C’est trop dur seigneur


 

Oh Seigneur, sous ton regard tu me vois, et tu sais combien c’est difficile pour moi. Plus il y a de soleil, et plus j’ai peur de sortir. J’ai la tête dans un étau qui se serre lentement ; j’ai son métal glacé maintenant sur mes tempes, et il m’écrase. 

C’est si dur. Je vois des aventuriers, des marins qui se battent contre une mer déchaînée, mais ils ne sont pas seuls comme moi. Ils combattent ensemble jusqu’à mourir. 

Je me sens si seul, si abandonné de tous côtés.
Je n’ai plus de force pour crier, et encore moins pour pleurer. Quelques grains pour encore prier, mais tout juste assez.

Je suis si sec, broyé, écrasé sous ton pied. Parfois, je rêve : avec un peu d’eau, je bois, et c’est la trêve. Vient alors l’amour, une tendresse douce, des câlins remplis de parfums fruités et des cheveux dans la bouche. Voilà comment tu adoucis ma vie amère. 

Cependant, j’en ai marre. J’en ai marre d’en avoir marre, c’est vertigineux. Ça fait si longtemps que ça dure que, si j’ouvre ma bouche, rien ne peut en sortir. Je suis comme les poissons sur l’étal, allonger sur des cristaux de glace : l’œil vif, les ouïes rouges, mais rien ne bouge. 

Mon espoir, c’est de retrouver l’espoir. Ma mort, c’est ce rendez-vous en retard qui me rappelle le goût du vivant. 

C’est quoi, être vivant ? 

Je ne m’en souviens plus. Si au moins je n’étais pas si seul, j’aurais encore de quoi réconforter ceux qui m’accompagnent dans cette traversée brutale où rien n’est compréhensible. C’est une tempête sans vagues. Je n’ai pas le goût salé de l’océan qui se fâche, ni même ce spectacle des catastrophes sous la bâche : l’eau, le feu, l’air et la terre. Ni tsunami, ni incendie, ni ouragan, ni tremblement de terre. 

Tout est plat dans la misère, tout est fade. 

Que dois-je faire ? 

Il ne me reste plus qu’à faire face, 

seul, 

totalement oublié. 

Je cherche dans cette injustice ma responsabilité, et je ne trouve rien, rien de bien fâcheux qui me coûte à ce point de perdre la vie de mon vivant. Il y a peut être ce serpent qui file on ne sait où, glissant, luisant, peut être à t il agi dans mon dos pour alourdir mon fardeau ; mais on dirait qu’il s’éloigne, même lui ne veut plus perdre son temps avec un fou. 

C’est ce qu’on appelle un échec cuisant. Désolé 

mercredi 22 avril 2026

Les écrans

 





Les écrans

Les écrans ne pleurent pas 

Quand les messages sont terribles

Les écrans ne tremblent pas

Ils n’ont pas de peau pour te réchauffer

Ils sont froids dans nos mains

Rien ne les fait réagir 

aux horreurs qu’ils transmettent 

Au travers de lui, tu te demandes quoi ?

Qu’est ce que je vois ?

Une vérité ou un mensonge ?

Ils nous flattent et la batterie s’arrête 

Comme des orphelins nous sommes perdus quand on ne l’a plus dans la main mais dans nos têtes

Ils disent ni merci ni Boujour

Mais on peut les fixer nuit et jour

La nuit, ils résistent parfois

Mais une seule notification et tu te réveilleras 

Comme un lion

 




Comme un lion


Tous les ans, je passais par les Cirques Pelouse de Reuilly à Paris, 

puisque j'étais leur client et que j'y envoyais les miens. 

Quand j'avais une pause, passant derrière les tentes rouge et or, j'allais voir les animaux. 

J'étais attiré par les cages, supportant la mienne.

Je voyais le lion, son aspect royal, son déhanchement dans cette cage 

me rappelait les rois dont le cœur était rempli de cette sainte rage pour protéger leur royaume. 

Mais ce lion-là, c'est dans les odeurs de pisses et de viande pourrie qu'il tournait sans cesse, 

cherchant une issue, celle de la liberté.

Nos regards se croisaient à chaque passage. 

Nos silhouettes se reflétaient dans nos larmes qui s'agrippaient à la cornée 

pour ne pas tomber et tacher notre orgueil, détruire notre amour-propre. 

Mais parfois une goutte tombait, comme le sang d'une aiguille prélevant un peu de cette vie qui coulait dans nos veines. 

Il était enfermé dedans et moi dehors. 

Je le voyais comme mes espoirs déçus, le héros à terre, le soldat sans bataille. 

Je finirai comme lui, dans deux mètres carrés, à gémir en silence, que l'on me change ma couche avant la nuit, si j'ai de la chance.

Un cœur qui bat comme un robot, qui ne s'embarrasse plus de sentiments, de joie ou d'espérance, 

c'est un cœur qui sonne creux, et son écho fait mal à tout l'ensemble. 

Un arbre qui sonne creux, c'est un arbre mort ; à la première étincelle, il s'embrase. 

Serait-ce par amour qui le puisse ?

Alors le cœur du lion tourne en rond, sans fin. Il a oublié hier, il ignore demain. 

Le centre de sa vie, c'est ce point de gravité sur lequel il s'effondre. 


Tout cela n'a aucun sens.

lundi 26 janvier 2026

Bipolaire

 




Bipolaire

Être bipolaire, c'est pas rigolo J'ai même offert des fleurs À mon médecin Une belle brune aux yeux verts Qui a découvert que j'étais bipolaire Pour la remercier, je lui ai fait livrer des fleurs En mode anonyme Elle s'est mise à flipper Quand je lui ai dit : « Oui, c'est moi » Son mari jaloux est venu au cabinet Avec son pote pizzaïolo Pour me suivre dans la ville Pour me faire la peau

Être bipolaire, c'est pas rigolo Pourtant quand tu pars en délire Tout le monde se marre et s'éclate de rire : De moi, de ci, de ça, du délire Alors la honte tombe sur moi Levé à 4h, à 3h, ou rester 72h sans sommeil avec une pêche d'enfer, ouais c'est vrai On se croit invincible Quel piège terrible Quand le délire disparaît C'est l'enfer qui arrive La dépression Dans sa plus violente expression Le niveau est si élevé Que la conscience ne fait que chercher le moyen le plus sûr De se tuer. Quelle idée d'habiter dans une tour Au douzième étage Quelle force invisible me garde sage ? Juste un petit pas Et tout sera fini pour moi, Enfin libéré des douleurs.

Frères et sœurs bipolaires Tout passe, il faut tenir Dans la menace La honte ? Il faut en rire Votre cœur n'est pas en fonte Même si chaque battement de cœur blesse cet ouvrage et le démonte

Y a pas le choix Y a que les médocs Et ils comptent sur toi Bien prendre le traitement Ça va de soi Sinon tu vas morfler Et tous tes proches avec toi Tu dois apprendre à supporter l'ennui, parce que la vie n'est pas toujours vivante, c'est ainsi

Je sais, être bipolaire c'est pas rigolo On n'est pas des clones Mais des originaux Faut juste pas trop les secouer Des hypersensibles, il en faut Et agir quand s'allument les signaux

J'ai prié celui qui voit tout Mais maintenant il m'ignore Son indifférence me suit partout La vie est tellement chienne Mais sans foi Il ne restera rien de moi Je disparaîtrai comme j'ai vécu Oublié et inconnu

La vie ne devrait pas être comme ça, c'est trop dur.


Comme passe une journée, Tout ce que j'ai cru, un jour, Sera à ma portée, face à face, En un instant je comprendrai tout. Quel soulagement après toutes Ces questions, tourments, doutes, peurs, honte, désœuvrement, solitude, abandon… même si j'en oublie, l'abîme d'une vie, ça vous glace le sang. Le paradoxe, c'est que dans ce gémissement il y a une louange pour la vie et son créateur, c'est étrange.

La douleur est plus fertile que bien des bonnes œuvres faites par convoitise. Souffrir en silence, sans soutien, donne des fruits, et même si personne ne souhaite ces douleurs, lorsqu'elles surviennent, la part sensible est blessée et elle crie, mais la part spirituelle grandit par le détachement du sensible. Tandis que nos vies sont nourries non-stop par des signaux sensibles, ces signaux ne sont pas les plus importants mais les plus présents. Il est bien plus rare de réussir à se détacher du sensible, comme en prière ou en oraison — d'autres diront méditation. Ces instants sont difficiles et profonds, voire insaisissables, comme une brume que l'on veut attraper et qui vous échappe. Mais il n'y a que cet attachement à l'être spirituel qui fait véritablement grandir, et en avançant en âge, on recherche davantage cette séparation esprit/chair, car on a essayé bien des choses de la chair sans pour autant en être rassasié, par l'expérience du vide des choses du monde.

Tous les cœurs sont créés avec une béance. Et libre à chacun de remplir cette ouverture par le bien ou le mal. C'est ainsi que la vie terrestre est un lieu de passage qui permet de se révéler en vérité, de dire par les actes : « Voici qui je suis. » Alors ceux qui se mentent à eux-mêmes auront un grand chagrin face à la vérité, mais ils savent ce qu'ils font sans en comprendre la portée. C'est pourquoi il faut leur parler — non pas pour leur dire quoi faire ou comment faire, mais pour leur rappeler qu'ils ont oublié d'explorer une partie d'eux-mêmes, sûrement la plus essentielle et la plus importante.


samedi 10 janvier 2026

de l'air

 



De l’air


Pourrais je attraper l’air

Qui s’échappe 

et nappe

L’atmosphère qui se perds

C’est un souffle 

qui se disperse

le poids du vent

me traverse 

Et j’oublie le temps

Sa douceur pour autant

Me caresse un instant

D’arrière en avant 

Il s’enfuit vaillant

Je ne peux m’en passer

Séduit par sa légèreté 

En un cyclone il peut se déchaîner

Et détruire tout ceux qui veulent résister

Mais j’aime le souffle et le vent

Cet air généreux et passionnant

Il me fera vivre

Jusqu’au dernier moment

mardi 9 décembre 2025

Est ce que quelqu’un peut m’expliquer

 






Est ce que quelqu’un peut m’expliquer

Je veux bien tout, mais rien que je ne comprenne.
Mon intelligence est un fourre‑tout, mais ma conscience la surveille.
Comment est‑il possible que mon âme, en sa mort, résiste à toutes les peines que ma chair supporte, sans un mot que je ne comprenne ?


Je suis sauvé, mais je ne suis pas sauf.
J’ai pleuré, mais toutes mes larmes sèchent dans une solitude silencieuse, sans pourtant m’aider à comprendre que tout est perdu tout en croyant avoir trouvé la vertu.
Je ne peux plus comprendre les paradoxes, car j’en suis devenu un.


J’ai souffert les infos et les intox comme on voit partir sur la route un chien.
On ne lui donne pas longtemps à survivre, car il court au milieu des dangers ; sans prévenir, dans un bruit sourd, il sera écrasé.


Ma ruine m’écrase chaque jour, pas comme ce chien.
Je suis moins qu’un chien, car sur moi s’est écroulée toute une vie sans danger, sans autre réalité que celle qui vous tue dès le matin.
Et le soir venu, je me dis : « Je suis encore là. »
Mais pourquoi, mais pour quoi ?


Comme une voiture qui passe quarante ans dans un garage à rouiller et pourrir dans le parfum des plastiques nauséabonds, un jour elle sortira de là, et son moteur, qui ne faisait aucun bruit, rugira dans un nuage de poussière noire pour enfin s’en aller sur des routes incertaines, mais libre sous le ciel éclatant d’une jeunesse perdue.
Elle s’arrêtera pour emmener ce chien loin de chez lui, loin des soucis, trouver enfin un peu de repos, un endroit où l’on n’a plus la faim qui vous ronge les os.


Je vaux moins qu’un chien, et je me tourmente pour un rien.
Mon esprit a quatre pattes pour courir en cercle et revenir au point de départ sans jamais atteindre ce pays qui m’a vu naître.
Je voudrais ne plus être, ou alors être un chien pour qui l’on s’inquiète parce qu’il s’est jeté sur la route ; quand moi, sans soutien, je reste prisonnier de mes doutes, ce chien reçoit plus de compassion qu’un moribond comme moi, que personne ne voit, que personne ne sait lire.


Un chien est un bon compagnon, mais moi aussi.
Un chien revient toujours à la maison, mais moi aussi.
Plus le maître est con, plus le chien est fidèle, mais moi aussi.
Mais un chien ne peut pas monter une échelle, ni vers le haut ni vers le bas, tandis que moi j’y suis collé comme le fil au pied du funambule dans un vertige permanent.
Sans basculer, je ne sais plus si j’espère tomber ou bien monter ; cependant je ne fais que descendre vers un abîme sans fond que les chiens ignorent, parce qu’eux au moins ne sont pas aussi cons.

jeudi 16 octobre 2025

Le Pardon

Le pardon


Le pardon se donne en un souffle.

Une respiration peut suffire,
si, dans le cœur, se détache le jugement de la justice.
Parce que ce sont les hommes
qui ont associé justice et jugement.

La justice, pour un cœur droit,
est comme une eau fraîche,
et non comme une coulée de lave brûlante.

La justice est une fermeté qui rassure
et délivre de l’enfermement
dans lequel on se met soi-même.

Sans pardon, on s’accroche comme à un aimant
à ce qui nous fait du mal,
y voyant une punition injuste,
qui se manifeste par la colère,
la rancune, la culpabilité ou la haine.

Ainsi, pour que la justice puisse agir,
elle se nourrit de miséricorde,
car elle déporte le regard que l’on a sur sa propre âme
vers une vision d’amour —
et non de non-amour ou d’amour-propre.

Je pense que, de cette manière,
l’ouvrage qui mène au pardon
se fait sur un bon appui.

Le pardon a besoin d’un socle :
si, dans le cœur, il y a trop de confusion,
alors il n’y a pas d’appui,
et sans fondement, on ne peut rien construire.

Tout devient relatif, variable ou aléatoire,
sans possibilité de saisir ce qu’il y a à corriger.

Le pardon se construit autant que l’on peut aimer
avec justice et miséricorde.
Car alors, on est honnête —
et l’honnêteté est aussi un moyen
de pardonner en vérité.

L’honnêteté ne dissimule rien :
elle est une forme d’audace, de force,
qui dit :
« Parce que tu es honnête, je suis avec toi. »

Ainsi, le pardon, si difficile à donner ou à se donner,
devient un chemin d’espoir
qui ne cache pas les difficultés,
mais qui les remet à leur juste place :
celle des marches d’un escalier que l’on monte péniblement,
pour s’élever malgré tout ce que nos sens
et notre égoïsme opposent.

Pardonner est si immense,
et semble si impossible —
à bout de force, on veut abandonner
avant même d’avoir osé commencer.

Et si le pardon,
quand le cœur est mûr,
ne pesait pas plus lourd qu’un souffle,
un sourire ?
Dans la pureté de la charité.

« Avoir le cœur lourd », dit-on.
À l’inverse,
quand le cœur est libéré grâce au pardon,
alors on a le cœur léger comme un souffle.

Pas besoin de mots
ni de prières sophistiquées,
juste un souffle,
dans lequel on dit :
« Je te pardonne. »

Pourquoi le souffle ?
Parce qu’il vient du cœur
et nous traverse les entrailles.

On respire chaque jour
sans comprendre qu’à chaque inspiration,
le miracle de la vie pénètre au-dedans de notre corps
et fait respirer l’âme aussi —
encore, et encore, et encore,
jusqu’au dernier souffle.

Et si, dans chaque souffle, il y avait un pardon,
alors le ciel respirerait avec nous et en nous,
sans entraves, sans obstacles.

Et si, du dedans, la paix s’installe,
rien, des épreuves extérieures,
ne peut atteindre cette paix.

Mais, à l’inverse,
c’est de l’intérieur que la Paix rayonnera
pour redonner ce que l’âme a reçu.

Faire pardon,
c’est honorer Dieu.
Peut-être est-ce une louange, alors ?

mercredi 1 octobre 2025

Le deuil

Le deuil


Ma vie est enrobée de deuils incessants et successifs

qui ne font que s’accumuler.
Chaque jour, ma vie se remplit de vide
en perdant tout ce qui pourrait réjouir mon cœur.
Mais je reste seul.
En compagnie de moi-même, je meurs chaque jour.

Au creux de mes yeux,
les larmes sont tristes et roulent doucement,
tièdes et salées.
Ce sont des billes de grenade,
transparentes comme le cristal.
Mes larmes sont si faibles
qu’elles sont plus proches de la brume que du liquide.

Une brume de deuil m’entoure.
Au loin, j’aperçois, de dos,
les désirs et les joies perdus qui ne reviendront pas.
Je n’ai aucune force pour les retenir.
Parfois je les appelle,
mais je ne peux que les voir partir.
Elles s’éloignent, loin,
mais restent assez proches pour me narguer
et me crever le cœur, une fois de plus.

Être seul dans ce béton, écrasant et froid…
Le ciment mouillé a le parfum du tombeau.
Je n’y suis pas encore au propre,
mais j’y suis au figuré.
Tous les symboles du quotidien
sont ceux d’un esprit défunt,
qui erre sans repères, sans aide, sans amour,
sans soutien, sans compassion —
seulement bien présent
pour comprendre à quel point j’ai déjà disparu.

Le deuil, c’est la séparation —
toutes celles que l’on ne peut supporter,
celles qui nous effraient ou nous font souffrir.
Lorsqu’il devient impossible
de retrouver ce que l’on a perdu,
alors nous sommes en deuil.

Mes deuils sont si nombreux
que je ne vois rien en moi qui n’en soit pas.
Au-dedans, je vis dans une forêt sombre
où le néant se cache et me dévore.
Impossible de fuir : tout est pareil,
tout se répète à l’infini,
jusqu’à perdre la raison,
jusqu’à espérer la folie
pour oublier une réalité si humiliante.

Je cherche — sincèrement, je cherche —
la sortie de cet enfer.
Mais je me perds davantage
en croyant m’en échapper.
Mon esprit est enfermé.
J’ai si peur du dehors, des gens,
que mon deuil social est tragique lui aussi.

Si j’ai une conversation, même courte,
je m’inquiète rapidement,
car je sais qu’elle va finir,
et que tout l’ennui se repliera sur moi.
Alors je deviens triste,
et la mélancolie me hante,
parfumant mon âme d’une angoisse suicidaire.

Plutôt mourir.


Mais je tiendrai bon.
Pourtant, je ne sais pas pourquoi je m’obstine à croire
qu’un jour je serai vivant,
car je ne reçois que des signes dramatiques
qui ne laissent place qu’à des catastrophes
que je devrai vivre seul —
totalement seul,
avec personne,
et pour personne.

Tous ceux qui voudront m’aider
seront une source de douleur supplémentaire,
car personne ne peut comprendre,
puisque moi-même je n’y comprends rien.

Ce combat m’épuise.
Le quotidien de cette marche militaire —
comme je voudrais qu’il m’achève une bonne fois pour toutes…

J’ai trop mal.
Et rien d’autre ne m’est permis pour le moment.

Un jour, je relirai ces pages, ces messages,
et probablement je serai bouleversé,
ayant enfin réussi à être vivant —
en vie —
et à donner amour pour Amour,
et pour la gloire d’un seul.

samedi 13 septembre 2025

Je ne sais pas

Je réalise quelque chose

Je constate mon désir.
Je supporte ma passion d’aller vers les femmes
pour rechercher leur compassion,
leurs attributs de féminité,
pour pouvoir me consoler,
pour, tout simplement, satisfaire mon égoïsme
pensant qu’il y a un bien pour moi de ce côté-là.
Mais cela me semble vain.

Je réalise alors que Dieu m’a vraiment mis à part,
qu’il m’a réservé pour Lui.
Pour recevoir la sagesse,
il faut se détacher de soi-même,
et donc de ses passions.

Comme celle de la séduction et des femmes,
ce désir de la présence de leurs féminité,
c'est peut-être la dernière de mes passions
un résidu tenace
qui donne à ma chair une peine envahissante.

Je dois me mettre à part de celle-ci,
pour la dominer
et aussi faire de la place au Seigneur.
Car je ne vois pas d’autre raison
à ce qui se bouleverse en moi
que celle de m’avoir réservé
et mis à part pour Lui.

Dans ce cas,
je dois, moi aussi, me réserver
et me mettre à part de tout ce qui peut empêcher
la sagesse de trouver une place en moi.

C’est très difficile, vraiment très difficile
et la montagne à gravir est si haute.
Mais j’aime cet ascencion, grandir,
surtout si la montagne est celle de l'Eternel.

Au pied de la mpontagne, au début
j’ai une grande joie,
inconscient des difficultés de cette escalade.
Mais, aux moments les plus durs,
c’est de toujours rêver du sommet
qui m'emmène à me dépasser, au dela de mes impatiences
et de cette douleur qui ne me quitte pas.
Voilà où j'en suis.

Au fond, j’ignore ce qui m’attend au sommet.
J’ignore les raisons
qui ont transformé en deuil
toutes mes passions, mes désirs et mes rêves.
Je ne sais pas.

Ce n’est que par pure confiance
que je suis ce chemin, aussi pénible soit-il,
étant privé de tout ce qu’un homme désir de la vie.

Jetant mes dernières forces
dans l’espoir de connaître rapidement
le mystère qui bat en moi,
je ressens ma séparation
d’avec tout ce qui doit constituer la vie d'un homme.

Comme si Dieu ne m’avait pas permis
de connaître ces sentiments-là,
ou, si je devais les connaître c'est pour mieux 
me les enlever avec violence.

Je me sens comme une graine, sèche et minuscule
dépouillée de tout,
pour être capable de tout ?
Pour qu'aucune passion
ne puisse plus entraver ni ma volonté ni mon intelligence,
et ainsi être totalement au service
de mon Maître jaloux ?

Désormais, sans concurrence,
et librement, je Lui appartiens,
et mon âme est nue entre ses mains

Viens, je suis prêt.

dimanche 31 août 2025

Je n’arrive plus à penser

Je n’arrive plus à penser


Et si tout ce que je cherche

était déjà là, sous mes yeux,
au-dedans de moi ?

Je ne peux pas dire le contraire —
que ce soit la maladie ou le traitement,
je sens en permanence, en moi,
une paix profonde, au centre de mon être,
à l’abri, sous plusieurs couches
de lâcheté, probablement.

C’est comme le lit d’un fleuve :
il n’y a rien de plus profond,
et moi, je le remplis avec mon agitation,
mes désirs, mes peurs, mes frustrations,
ma mélancolie, ma lassitude —
et j’en passe.

Comment faire pour rejoindre cette paix,
moi, en me débarrassant du superflu
qui crée une tension
et m’éloigne de ce qui est peut-être
l’être véritable que je cherche ?

Je vais essayer de ne plus rien tenter,
d’approfondir mon dévouement à la Providence
et d’être à l’écoute de ce qui se passe en moi —
mais cela paraît si difficile,
si inatteignable.

C’est comme un pari,
et je les perds toujours.
Ce n’est que ma vie
que je n’arrive pas à saisir.
Je vais faire ce que je peux,
et j’espère que cette paix
n’est pas une anomalie ou un symptôme,
car alors, il ne me resterait plus rien.
Vraiment rien.


J’en ai fait des rêves.
J’ai essayé de tout goûter,
j’ai essayé de découvrir
ce qui était caché.
Personne ne m’a donné
les bons conseils
pour éviter de m’éparpiller.

Mais quand on s’égare,
cela semble les amuser.
Maintenant, je n’arrive plus à penser.
Les rêves sont des tortures.
Comment supporter d’être si isolé ?
Mon cœur a des plaies, des brûlures.

Le temps s’échappe —
ni en retard, ni en avance,
modèle de persévérance.
J’ai fait taire les plaintes.
Je ne crie plus.
Je cherche la gratitude,
celle que je dois
à Celui qui donne tout.

Et voilà, je n’ai plus que ça.
Je n’ai plus rien.
Je ne suis plus qu’un souvenir,
et personne ne se souvient.
Un goût sans goût,
une vie sans vie,
des pleurs sans larmes,
une rage sans cri.

Dans un silence qui fait du bruit,
un tambour qui s’étouffe aussi,
mon cœur bat sans raison.
Le jour où il s’arrêtera,
ce sera — c’est — le bon.

Mes mains libres sont liées,
mes jambes fermes se dérobent.

J’attends mon dernier souffle.
Il vide mes poumons, vide un gouffre,
mais il insiste encore et encore.
Je respire pourtant sans effort.

Mon corps est lourd comme un bœuf,
et il craque comme une biscotte.
Les gestes sont si lents, si lourds.
L’âge est une maladie qui étouffe.
Seul le temps se supporte lui-même.
Moi, il me tue à chaque seconde.

Il s’écrit d’un trait,
sans lever la pointe,
une ligne qui ne finit jamais —
cette ligne sur laquelle je suis suspendu,
funambule pathétique, condamné
au vertige, sans rien à gagner.

mardi 22 juillet 2025

Seigneur, pourquoi ma vie est comme ça

Pourquoi ?


Seigneur,

pourquoi ma vie est-elle comme ça ?
Pourquoi chaque jour est-il si difficile ?
Pourquoi ne me réponds-tu pas ?
Pourquoi dois-je rester seul ?
Pourquoi ne vois-je que mon impuissance
et mon incapacité chaque jour ?

Tu me demandes de l’espoir,
mais je n’ai plus de force.
Tu disais à Josué :
« Sois fort et prends courage »,
mais je n’ai ni l’un ni l’autre.

Je suis totalement détruit…
Ma seule option, c’est d’attendre la mort ?
Pourquoi me garder vivant
dans toute cette incompréhension qui m’écrase ?

Je n’en peux plus.
Si tu savais…
J’avais pourtant un cœur de lion,
pour être ton champion,
prêt à tout —
et rien n’en est sorti.
Me voilà chômeur, handicapé,
piégé avec quelqu’un qui est malade,
un psychopathe ?
C’est quoi ce délire ?

Crier, je ne peux plus.
Je suis à plat.
Je vois le temps qui s’en va,
ma face me dégoûte,
et je vieillis sans aucun doute.
Tout ce qui est réel me démolit
encore et toujours.

Pourquoi m’as-tu abandonné
sur le banc de touche,
à l’endroit où l’on envoie
ceux qui ne servent à rien ?

Comme c’est cruel.
J’ai l’impression de me faire manger
par un fauve, bouchée après bouchée,
lentement,
à décortiquer ma chair
se déchirant de mes os,
sans que je n’y puisse rien.

Je suis complètement à ta merci.
Peut-être que cela te plaît
de me laisser ainsi,
pour des raisons qui m’échappent.

Je souffre le martyre…
Mais que puis-je contre ta volonté ?
Oui, la mienne, aujourd’hui, est abolie.
Mon intelligence et ma volonté
se sont éteintes,
n’ayant plus aucun carburant,
plus rien à consommer,
tant tu m’as consumé.

Alors je me hais.
Je me déteste.
Je n’ai plus rien,
et c’est trop dur.

En un autre temps,
je me serais organisé pour mourir,
si déprimé et seul,
face à cet abîme.

Mais je n’en ferai rien,
car le peu de courage et de force
qui me reste,
je m’en servirai pour obéir
et te faire confiance,
même si tout me semble perdu.

Malheur à moi.

vendredi 11 juillet 2025

Attendre

Attendre


Peut-être que je regarde trop mon nombril.
Si je ne suis responsable que de moi-même,
de qui d’autre me préoccuper ?
Malheureusement, je suis la personne la plus triste
que je connaisse, et je ne connais personne d’autre.

Le temps s’écoule, et je reste soumis à ce vide
où rien ne se passe. J’arrive même à avoir honte d’être en vie
et de faire si peu.
Quand chaque jour, des personnes aimées et aimables meurent
de diverses causes,
moi, ma vie continue dans une misère totale,
sans savoir comment en sortir.

C’est une frustration extrême —
toute cette inutilité, toute cette impuissance.
J’ai la gorge serrée, aucun mot ne peut plus sortir.
J’ai la trachée écrasée par les sanglots
que je n’ai jamais versés.

Toujours avec cette sensation d’être au bord —
au bord du vide, ou sur un fil
où j’essaie de ne pas perdre l’équilibre,
en rassemblant toutes mes forces,
avec l’angoisse de ne pas y arriver.
C’est une horreur.

Rien n’a d’influence sur moi.
Je suis dans la misère des sens :
je ne ressens plus rien,
à part le vertige de ce que j’ai perdu.
Le sens de la vie n’est pas d’actualité.
C’est le sens de la réalité,
le sens de ma nature humaine
qui sont détruits,
et me laissent là,
comme mort au cœur de ma vie,
n’ayant que ruines autour de moi et en moi.

Je crains, j’ai peur :
quelle tuile va à nouveau me tomber sur la tête ?
Je me sens nu et vulnérable,
tout mon être, dans une évidence suprême,
est convaincu que quelque chose va arriver —
une rumeur de violence va me frapper.
Car je n’ai plus le souvenir de la dernière fois
où j’ai ressenti du bonheur,
une consolation ou une parole généreuse.

J’ai une angoisse profonde,
comme un syndrome post-traumatique,
qui vous fait sursauter à la moindre porte qui claque,
comme si les coups reçus s’acharnaient
dans une sorte d’écho,
de vagues qui viennent et reviennent.
Que ce soit réel ou imaginaire,
le plus dur, c’est cette peur permanente :
elle est la dernière chose réelle, et collante.

J’en ai des fourmis dans les mains.
Je continue de ressentir une profonde déception
avant même de faire quoi que ce soit :
je suis déçu avant même d’agir.

Ma profondeur est détruite.
Je n’ai plus que ma foi,
mon corps éteint, mes sens effacés,
et la dernière force
qui me permet de mener ma vie jour après jour,
en espérant, chaque matin,
arriver rapidement au soir —
là où je prie,
puis je m’endors, parfois difficilement,
puis le lendemain, tout recommence.
Sans fin, seul,
sous le regard de Dieu,
qui, j’espère, m’enseigne et me mène quelque part
dans ce désarroi,
dans ce buisson d’épines
qui m’écorche l’âme sans fin.

En clair, je ne m’aime pas.
J’ai même du dégoût
pour la pauvre personne que je suis devenu.
J’ai gâché ma vie,
et j’ai honte de mon parcours
et de son achèvement aujourd’hui,
qui me fait vivre dans un caveau mental et spirituel
qui m’épuise.

Vivre comme un néant est épuisant.
Je n’ai plus beaucoup de force.
J’aimerais n’en avoir plus une goutte,
être enfin vaincu,
et terminer cette vie
qui ne m’apporte que déception et frustration.

C’est trop dur.
Vraiment trop.
Rien ne vient.
Rien ne se passe.
Où est la grâce ?
Rien.
Rien.
Rien.

vendredi 27 juin 2025

Tout seul

Tout seul


Autour de moi,
je vous vois.
J’entends vos rires
et je sens la fumée.
Rien n’est pire
que de se sentir abandonné
au milieu de vous.
Vous ne savez pas encore
que vous êtes condamnés.

Vous pouvez tout me dire,
me consoler,
me faire un câlin,
m’exposer vos arguments du bonheur —
mais rien n’y fait.
Je suis seul entre vos mains,
et contre moi, vous ne pouvez rien.
Je suis un orphelin de cœur,
insensible à votre malheur.

Saviez-vous
que rien ne peut me ranimer,
rien ne peut me ramener,
ni homme ni femme
pour me consoler ?
Je suis consacré,
mis à l’écart.
Vivre, c’est gémir,
profiter, c’est pourrir.
Le jour de ma naissance
me fait sourire —
je le pleure chaque soir.
Mais j’ai en moi
la chronique du pire,
la folie du désespoir.

Pourtant, je sens que des forces
grandissent en moi,
pour être prêt
au jour où Il reviendra.
Mais quelle souffrance
que de s’arracher
aux convenances,
aux pensées toutes faites,
renoncer à soi-même —
ce qui vous apporte
tant de confort.
Cette fausse tranquillité
vous fera mourir de peur
face à la vérité.

Toutes les femmes sans hommes
prennent des notes
pour prouver qu’elles ne sont pas sottes.
Elles oublient juste la liberté,
celle de leur propre pensée.
Elles n’ont pas confiance en elles,
malgré l’assurance qu’elles affichent.
Elles sont fragiles,
et leurs audaces les brisent.
Elles n’aiment pas la vérité :
trop de discussions
les ont empoisonnées.
Impossible pour elles de comprendre,
impossible pour elles de ne plus plaire.

vendredi 20 juin 2025

Les Lys Blancs

Les Lys Blancs




Il y avait, au milieu du champ,
un carré de lys blancs
entouré par des blés dorés,
gorgés d’un soleil brillant.
Les bruns dansaient au vent.

Mes yeux se réjouissaient,
et mon esprit s’étonnait :
ce carré parfait, dans ce champ,
était aussi droit que surprenant.

J’entrai donc dans le carré blanc.
Les épis de blé frémissaient.
J’arrivai au centre du champ,
et j’y étais du plus bel effet.

Les lys
dessinaient une frontière pure.
Tournant sur moi-même,
les cheveux au vent,
je caressai les pétales royaux,
ligne droite et angle droit,
avec un sourire d’enfant
et le sentiment
d’être enfin chez moi.

Quel songe étrange :
le ciel était bleu-vert,
aussi tendu qu’un écran.
Ce plafond de turquoise
m’enlevait toute pâleur,
à moi
qui n’étais jamais à l’heure.

Cependant, il y avait au loin
le mugissement d’une foule.
Leur ciel était de soufre rouge —
pas des pleurs, mais des hurlements.

Mon sourire ne disparaissait pas.
Dans le carré blanc,
il y avait la sagesse,
et, à ses côtés, le droit et la justice.
Si bien que je n’étais pas effrayé :
tout était juste et droit,
rempli d’intelligence et de sagesse.

C’est comme entendre
une chanson pour la première fois,
et être convaincu
de l’avoir déjà entendue —
comme si un refrain avait précédé la chanson.
Mais que vont devenir ceux là-bas ?

À cette pensée, les lys ont changé :
ils sont passés de blancs scintillants
à rouge sang, se flétrissant lentement.
Le vent dans mes cheveux devint plus ferme, plus soutenu.
Une force me quittait,
et une autre venait.

Le ciel s’assombrit pour se fendre de quelques éclairs,
aussi fins que des racines de potager,
des éclairs en forme de capillaires,
des cheveux de feu qui augmentaient.

Il n’y avait plus les cris lointains,
et le rouge crépuscule était noir —
une obscurité affamée
venue dévorer les égarés.
Mon carré, comme un fort de Vauban,
me gardait en lieu sûr. Et aussitôt,
il y eut un combat sur la terre et dans le ciel.

De mon point de vue, les ténèbres se dispersaient,
et elles furent toutes détruites.
Soudain, des parfums merveilleux et inconnus
se répandaient dans le carré,
où les lys étaient encore plus grands,
plus blancs et plus lumineux.
Ils se répandaient autour, dans le champ :
les blés, les épis, tout ce qui vivait
fut purifié et blanchi,
si bien que moi-même,
j’étais devenu comme les lys,
d’une blancheur purifiée par la sagesse et son maître.

Je n’avais aucun mérite,
et j’étais stupéfait.
Mais le Créateur de tout l’avait voulu ainsi.
Alors je compris enfin pourquoi ma vie
fut si insignifiante et privée de joie,
de consolation,
n’attendant plus rien de personne.

J’avais été façonné pour ce moment de grâce,
qui est message d’espoir
pour tous les affligés.

mercredi 11 juin 2025

Et si le désir...

 




Et si… le désir 

Un désir monte en moi et j'en suis tout étonné. Il ne vient pas de ma tête ni de mon cœur, mais de mon ventre. J'ai dans les entrailles un désir grandissant d'aimer et d'être aimé, pour me révéler tel que je suis, en prenant femme dans le mariage et en ayant des enfants de cette union miraculeuse. Comment trouverai-je la femme parfaite pour qui je serai l'homme parfait, tel que Dieu l'a voulu pour nous ?

Ce désir considérable, aux conséquences immenses et avec une prise de risque totale, n'était pas présent en moi il y a encore quelques semaines, même quelques jours, ni même depuis plusieurs années. J'avais des pensées éparpillées ; souvent, dans la rue, je voyais passer sous mon regard des femmes, des couples, ou des couples avec enfants, et comme je les enviais — alors qu'en moi je n'avais que de l'indifférence. Je pensais être pour toujours étranger à ces sentiments. Je me persuadais que mon indignité et ma vie piégée m'avaient exclu de cette réalité de l'amour et de la famille. Jamais je n'avais eu ces sentiments. Tandis que tout mon être s'effondrait dans une solitude amère, hurlant en mon âme, incapable de lui montrer autre chose que de la détresse.

Aujourd'hui j'ai une telle conviction, sans aucun fondement, que cela va arriver, que mes douleurs ont cessé. Comme si, enfermé dans l'hiver d'une vie glacée, j'apercevais enfin les premiers rayons du printemps, clairs et chaleureux, dans mon espérance blessée. Même écrire en ce moment les détails de cette étrange expérience me donne un réconfort incroyable.

Si je mets tout mon espoir dans cette prophétie, j'aurai beaucoup à souffrir si, de Paray-le-Monial, je revenais sans l'avoir trouvée. Pire encore : être passé près d'elle sans la reconnaître, incapable d'aimer. Est-il possible de la chercher ? Je ne crois pas. Je pense qu'il m'est nécessaire de continuer à abolir ma volonté et de mettre toute ma confiance dans la Providence — elle doit être mon seul guide pour réaliser ce désir. C'est elle qui la mettra sur mon chemin, ou pas.

Quand j'ose, quand j'ai l'audace de réaliser que cela est mon avenir, je suis transporté avec douceur vers une paix qui atténue mon anxiété, mon angoisse et l'inquiétude jumelle qui me tient en dessous de tout. C'est tellement bon que j'en ai le trac. Je ne sais rien en vérité, c'est ma prière. Mon Dieu est souverain, il exauce qui il veut, et cette étonnante prière me fait déjà beaucoup de bien — mais quelle est ta volonté, Seigneur ?

Alors je compte les jours, tout en sachant que de Paray-le-Monial je peux revenir toujours aussi seul, avec les mêmes problèmes, les mêmes tourments. C'est le mystère de ma vie. Mais comme j'aimerais la vivre, cette vie, avec quelqu'un pour qui je serais enfin moi-même, et être aimé pour cela — et faire d'elle la plus belle des femmes, la femme parfaite.

J'écris ces lignes dans l'espoir de ne pas faire d'erreur, mais ce sera un témoignage de la miséricorde de Dieu si ce miracle se réalise à Paray-le-Monial, du 16 au 25 août.

J'essaie de me souvenir comment ce désir s'est construit. Après avoir eu un grand dégoût de ma vie, avec une grande agitation intérieure, j'ai fini par abandonner le pourquoi, et je me suis dit que je devais faire confiance — mais je voulais une contrepartie. Seigneur, je te donne ma volonté, mais toi, agis dans ma vie. Si bien que je fais mon chapelet tous les soirs depuis plus d'un mois. Dans mes lectures du soir, je suis tombé sur David, Salomon, la Sagesse et Siracide 26,13, ce texte bouleversant sur la femme parfaite.

Il y a un mois, j'ai aussi dit au Seigneur : « Je détruis tout ce qui me rattache à Stéphanie », mon premier amour, qui avait envahi mon cœur et laissé une épine si profonde que j'ai mis 35 ans à m'en rendre compte et à la retirer, pour laisser mon cœur tout entier libre au commandement de mon Dieu. Et j'ignorais que cela allait faire monter en moi cette supplique de vouloir une femme et d'avoir des enfants — à la condition qu'elle soit la femme parfaite, c'est-à-dire prudente, dévote, douce, rieuse et intelligente, supérieure à moi socialement, ainsi que chaste et pudique, magnifique et féminine, faisant la joie de son mari, dont elle recevra aussi tout ce dont elle a besoin pour s'épanouir en femme parfaite — aux yeux bleus ou verts, brune ou blonde, heureuse de vivre et généreuse.

Ma promesse pour le Seigneur, c'est de la rencontrer grâce à lui et de rester chaste jusqu'au mariage, comme offrande d'obéissance et dans un consentement volontaire.

J'écris cela pour passer un contrat avec mon Seigneur : si telle est sa volonté et que j'ai son approbation, je veux être digne du miracle qu'il a prévu pour moi. Je présenterai ce texte à cette femme pour qu'elle voie ma bonne foi et que son cœur reçoive les réponses à ses doutes, si elle en avait.

Cependant, si j'ai ce désir et s'il est bien de Dieu, alors je suis convaincu qu'en ce moment elle a le même sentiment, avec la même disposition, et que sans nous connaître, nous sommes déjà ensemble sur le chemin que le Seigneur a tracé pour nous.

Espérons aussi que nous pourrons mettre à contribution tous nos talents pour être des serviteurs de la charité, que notre amour rayonne pour inspirer, et que ceux qui nous verront se disent : « Voilà un couple chrétien. » Que chaque matin nous nous disions : « Faisons d'aujourd'hui un jour meilleur qu'hier. »

Ensemble.

Amen

PFES


mardi 10 décembre 2024

Que la vie est mortelle

 


Que la vie est mortelle

à la mort ce sera la vie

Je n’aurai plus ce fardeau honteux

Cette existence misérable 

Où je me traîne comme un fantôme

Comme un cadavre de poussière 

Vivre est insupportable

Juste le temps de supplier mourrir

En restant prisonnier de mon charnier

Dans la puanteur de mon ego

Mon pèlerinage se poursuit dans les décharges les poubelles de la vie

Où je trouve que dégoût de tout et surtout de moi même.

Il n’y a ni repos ni répit 

Acide comme le vinaigre 

le néant de cette vie

Paradoxe d’un croyant blessé 

Il faut goûter à l’immonde 

Pour fuire ce monde 

et découvrir le sens réel 

de l’ espérance.

Le combat est rude 

et on mords vite la poussière 

Mais je n’ai que la victoire 

comme issue 

parceque je n’abandonnerai pas

promesse contre promesse

Tu veux me

Plonger dans mon abîme ?

Si c’est ta volonté 

J’y cours volontiers 

Mais quel malheur que la vérité 

L’homme ne peut la supporter 

Il en est si loin car elle est redoutable

Comme ce néant que l’on voit au dedans de soi quand on a l’audace de se visiter soi même et se révéler  tel que Dieu nous voit

Alors ma tristesse embrasse 

la sienne.

Où est la grâce ?

La seule qui peut nous sortir de cette purée de pois brûlante.

Est ce un aperçu infernal pour nous exhorter à ne regarder que le ciel 

et à ne vouloir plaire qu’à lui seul ?

Je n’en sais rien, la seule expérience de vivre est déjà si pénible, y a t il un gain à être supplicié sans motifs sans consolation sans soutien sans compassion, simplement comme un fruit mûre qui pourri s’il n’est cueilli ?

J’ai épuisé tout mon être 

à comprendre et il n’en reste 

que ruines et désolations, 

tout semble accompli il n’y a plus d’espace ni de temps 

tout est là, à la pointe de l’épée, 

pour enfin transpercer mon cœur épuisé et que je me répande partout et me glisser dans tous les interstices, les rayures, les creux comme sur les pavés de Jérusalem.

Lisses et brillants les pierres de la vieille ville de Sion si usé, par les siècles les combattants les pèlerins et les marchands, piétiné sans relâche, mon sang s’écoulera doucement dans ce sanctuaire ocre, entouré d’oliviers millénaire, 

enfin Le sacrifice, 

celui qui justifiera tous les autres.

La Trinité

La Trinité C’est un carrefour bouillonnant, dans un sens, les voitures, dans un autre, les passants. Les gens se croisent et se mélangent, ...